5 La SAPE a ses codes et son jargon. Vêtements colorés, pas de danse, excentricité, courbettes, le sapeur fait son cinéma, mais… avec élégance ! Plus que la tenue, certes des plus recherchées, c'est l'allure qui compte et l'effet qu'elle produit sur un public ravi de cette distraction.
10 La SAPE, phénomène masculin, a également ses rois, tel Djo Balard, et ses courants : l'un se réclamant du pur classicisme, l'autre plus déjanté. Mais tous les sapeurs ont les yeux rivés sur Paris, capitale de la mode et haut lieu de la SAPE pour la diaspora qui diffuse les tendances et les marques incontournables.
15 L'intérêt des peuples congolais (la SAPE est pratiquée des deux côtés du fleuve Congo) pour l'élégance serait très ancien et se serait nourri de la colonisation, le sapeur s'étant approprié le vêtement des colonisateurs. Néanmoins, la SAPE telle qu'on la connaît aujourd'hui est apparue dans les années 1960 dans le quartier Bacongo de Brazzaville.
20 Sous l'audace du sapeur, il y a souvent eu des germes de contestation, comme l'explique l'écrivain Alain Mabanckou : « Puisqu'on nous a refusé le pouvoir économique et le pouvoir politique, nous allons le reprendre par le pouvoir de l'exhibition du corps, le corps devient l'élément fondamental pour opposer une résistance face au pouvoir politique qui ne peut pas prendre le destin des jeunes en main. » Pour le sapeur, l'habit fait le moine puisqu'il est le reflet d'une élégance intérieure. En effet, il existe un code de conduite implicite dans la SAPE : la non-violence, l'hygiène et le savoir-vivre en sont indissociables.
28 La SAPE a ses détracteurs : les saphophobes. Vivre pour la SAPE et se priver de l'essentiel pour s'offrir une paire de Weston semble déplacé compte tenu des réalités de l'Afrique. De même, pour la sociologue africaine Axelle Arnaut-Kabou : « C'est outil de distinction et de domination sociale est devenu, aujourd'hui, un outil de subversion sociale. » C'est-à-dire, des gens dont on ne sait pas comment ils gagnent leur argent soignent leur apparence pour être vus et sortir de la misère, ou la société attend d'eux qu'ils prennent par exemple en charge leur famille. À cela, les sapeurs opposent qu'ils ont le droit de rêver et d'offrir du rêve à leur public.
38 Le photographe Héctor Mediavilla, auteur d'un très beau livre de photos dédié à la SAPE, estime que celle-ci est justement « une certaine forme de combat contre les circonstances difficiles de la vie. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais essayez donc, pour voir, de garder nette une paire de Weston fraîchement cirées dans une ville couverte de poussière. » Parfois sans eau courante, faisant fi des fréquentes coupures de courant, la vie d'un sapeur relève souvent du parcours du combattant.
46 La SAPE est une vitrine du Congo pour l'international et une partie intégrante de la culture congolaise, ce qui amène certains Congolais à réfléchir à une plus grande valorisation de celle-ci, au risque de lui faire perdre sa spontanéité. À quand un musée de la SAPE à Brazzaville ?
www.vivreaucongo.com (article culturel · Cosmopolite 4 · Hachette FLE)